Sortie de FACE NORD (Charles Delcourt / Andreï Kourkov) aux éditions Light Motiv

FACE NORD

Photographies : Charles Delcourt

Textes : Andreï Kourkov

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Cliquez sur la photographie pour avoir un aperçu du livre.

Dédicaces en présence des deux auteurs entre le 12 et le 15 novembre à Lille, Lewarde et Paris. (Programme ci-dessous)

FACE NORD
Photographies : Charles Delcourt
Textes : Andreï Kourkov
112 pages – Format 25 x 30 cm
Couverture reliée cartonnée, dos carré cousu collé, pelliculage Soft Touch
88 pages quadrichromie sur papier Magno Satin 170gr certifié FSC
24 pages texte sur papier Old Mill 130 gr
Edition trilingue : Français, Anglais et Russe.
Editions : Light Motiv
ISBN: 9782953790870
Parution : 20 octobre 2014
Prix de vente : 35€
Pour le commander en ligne : http://www.lightmotiv.com/?page=editions&idkey=18

Charles DELCOURT a navigué à vue, de terril en terril, prenant le temps de la découverte, aiguillé par son regard et sa formation de paysagiste. Vivant la photographie comme le bagage d’un passager souriant et curieux des autres, il fait des images drôles, émouvantes, en sympathie avec les personnes rencontrées sur son chemin. Puis il croise Andreï KOURKOV, l’auteur célèbre du livre « Pingouin », en résidence d’écrivain à Béthune, invité par l’association Escales des Lettres. Il se sent lui-même relié au bassin minier, également à Charles par un sens de l’humour particulier, on pourrait dire un sens de l’humour solidaire, qui franchit toutes les frontières.

> Portfolio et interview du photographe Charles DELCOURT en ligne http://www.slate.fr/grand-format/photos-terrils-delcourt

Les auteurs

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Andreï Kourkov est né en Russie en 1961 et vit désormais à Kiev. Ecrivain ukrainien de langue russe, il débute sa carrière littéraire pendant son service militaire alors qu’il est gardien de prison à Odessa. Son premier roman, Le pingouin, suivi de Les pingouins n’ont jamais froid, remporte un succès international. Son œuvre ironique et profonde est aujourd’hui traduite en 36 langues.
Derniers ouvrages parus en France, aux Editions Liana Levi :
Journal de Maïdan, mai 2014
Le Jardinier d’Otchakov, janvier 2012

Charles Delcourt est né en 1977 à Lille où il vit à nouveau depuis quelques années. Architecte paysagiste de formation, il s’oriente progressivement vers la photographie et s’y consacre complètement depuis 2006. Charles Delcourt est photographe à l’agence Light Motiv. Il utilise le décalage, allie les couleurs, joue avec nos certitudes raisonnées, désarçonne par les clins d’œil apparaissant dans sa photographie…
Dernières expositions :
Face nord, novembre 2014 au Centre Historique Minier de Lewarde
Face nord, septembre 2014 au Festival Manifesto de Toulouse

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PROGRAMME DES RENCONTRES AVEC LES DEUX AUTEURS

Mercredi 12 novembre, 19h à la LIBRAIRIE INTERNATIONALE V.O au 53, rue du Molinel 59800 LILLE

Jeudi 13 novembre, 19h à la LIBRAIRIE LE BATEAU LIVRE au 154, rue Gambetta 59000 LILLE

Vendredi 14 novembre, 18h à la LIBRAIRIE DU 104 (Le Merle Moqueur) au 5, rue Curial 75019 PARIS

Samedi 15 novembre, 16h30 au CENTRE HISTORIQUE MINIER DE LEWARDE à la Fosse Delloye, rue d’Erchin 59287 LEWARDE.

Une exposition photographique « FACE NORD » sera présentée au CHM de Lewarde jusqu’au 31 décembre
aux horaires
d’ouvertures.
Plus d’informations au 03 27 95 82 82 ou par mail : communication@chm-lewarde.com
http://www.chm-lewarde.com

Contact : Eric Le Brun, éditeur ou Elodie Collet, assistante d’édition au 03 20 06 90 98
ou par mail edition@lightmotiv.com

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Eloge de fesses – de Bernadette A.

« Avec « Fesses », je souhaite poursuivre le questionnement sur les héritages, les souvenirs, les pensées, les croyances qui encombrent la tête et entravent le corps, autrement dit comme me l’a toujours dit ma mère « parle à mes fesses, ma tête est malade ». » Bernadette A.

Si elle dévoilait la saison dernière dans « AbaTToir » son itinéraire de petite fille et de femme grandie à Courrières au beau milieu de l’abattoir à volailles de ses parents, la voilà qui s’intéresse aujourd’hui à un épineux sujet, croustillant mais pas que…

En attendant la création de Fesses le 5 février 2014 au théâtre d’Arras, Bernadette Appert vous propose d’aller visiter le Louvre-Lens en compagnie de son Eloge de Fesses, une visite totalement décalée mais sérieusement calée sur les fesses.

ATTention aux âmes sensibles, la performance aura lieu au milieu des oeuvres, dans la Galerie du Temps…

Préparez vous aux frissons d’automne avec cette visite buissonnière, hors des sentiers balisés !


Retour sur … Les Ogres de Barback fêtent leur anniversaire à Dainville !

Heureux qui, comme moi, a fait ce beau voyage musical avec les Ogres de Barback, ce dimanche 29 juin ! C’était au Centre Vert de Dainville et organisé par le Conseil Général du Pas-de-Calais en clôture des « Ch’mins de traverse.

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Les Ogres sont en tournée-anniversaire : ils fêtent leurs 20 ans de carrière et de concerts. Et pour fêter ça, ils ont choisi comme à leur habitude… la fête ! Ils ont invité la fanfare béninoise Eyo’nlé qui colore le quatuor de tonalités bénino-jazzy. Ils ont offert au public un concert à l’image de leur carrière : mélange des sonorités, partage avec le public et engagement, dans leurs textes bien sûr, mais aussi dans les actes, avec sur scène, un moment de silence suivi d’une allocution en solidarité avec la lutte des intermittents.

Intervention en soutien des intermittents

Photo 3 : intervention du groupe en solidarité avec les intermittents

A la fin d’un concert mené tambour battant, le public, ravi, a chanté un joyeux anniversaire au groupe. Celui-ci a terminé son set en se mêlant au public pour célébrer avec lui une « africa night » endiablée. Le public et les Ogres se sont donnés RDV dans 20 ans ! Sûr qu’on y sera !

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Karine Valembois

Rencontre avec Arnaud Raison, Président de l’association Anim’Acteurs, autour du « Ch’ti Louvre »

Nous avons rencontré Arnaud Raison, dynamique Président de l’association héninoise Anim’Acteurs, pour nous parler des activités de l’association, ainsi que de l’exposition Ch’ti Louvre qui se déroule en ce moment même et jusque demain (mercredi 18/12/13) à l’Hôtel de Ville d’Hénin-Beaumont dans le cadre du Marché de Noël.

 1. Comment est née l’association Anim’Acteurs, quel est son objectif ?

Anim’Acteurs est née en Juillet 2009 par la volonté partagée d’animateurs saisonniers travaillant sur Hénin-Beaumont de créer une association afin de pérenniser une dynamique citoyenne en dehors des Accueils de Loisirs Sans Hébergement. L’animateur a une vocation citoyenne que nous souhaitions diversifier en dehors de ce cadre afin d’aborder de nouveaux publics et fédérer les habitants autour de « Projets qui font avancer ». Ce slogan « Des Projets pour Avancer » mis en exergue par Anim’Acteurs renvoie à notre fort penchant pour l’Éducation Populaire. En effet, nous pensons que c’est par l’action associative que les individus échangent et développent des compétences. En somme, chacun dans l’association se forme et cette formation contribue au développement de l’association, de la chose commune. D’ailleurs de nombreuses personnes notent cette progression et nous en sommes heureux; tout en souhaitant toujours continuer à avancer.

En effet, nous pensons que c’est par l’action associative que les individus échangent et développent des compétences.

2. Quel est votre rôle dans l’association en tant que Président ?

Mon rôle est de représenter l’association à de nombreuses occasions. Je rencontre des élus et techniciens pour proposer des projets que les membres proposent, je recherche des partenaires, développe notre réseau. Précédemment, je disais que les membres développaient de nouvelles compétences et j’appuie cet argument en affirmant que désormais je peux davantage déléguer aux membres du bureau dont certains pourraient être Président dans un avenir proche. Dès la création de l’Association, nous avions la volonté de voir un turn-over au niveau de la « gouvernance » (toujours dans cette logique de formation). Nous attendons, par ailleurs, bien d’autres animateurs ! L’appel est lancé !

3. Pourquoi avez-vous décidé de lancer une action intitulée « Ch’ti Louvre » ? Avec quels publics avez-vous travaillé ?

Depuis 3 ans, nous organisons un concours ouvert aux enfants durant le dernier trimestre annuel. La première année, il s’agissait d’un concours de dessin intitulé « Dessine nous un noël au Sénégal ». L’année suivante, rebondissant sur l’inscription du Bassin Minier au patrimoine mondial de l’Unesco, nous proposions « Dessine nous ton Bassin Minier ». Alors, tout naturellement nous avons surfé sur l’ouverture du Louvre-Lens en ouvrant le concours à un plus large public, du fait de nombreuses demandes, sur le thème « Crée ton œuvre ch’ti Louvre ». L’ouverture de ce musée est une chance pour notre territoire, c’est pourquoi nous voulions provoquer l’accès de ce musée aux participants du concours. D’autant plus que le musée fête son année d’ouverture.

Le concours était ouvert à trois catégories : 3-6 ans / 6-12 ans / 13 ans et plus. Nous voulions valoriser ces créations par la constitution d’un « Ch’ti Louvre » avec sa galerie du temps en présentant l’œuvre de la personne la moins âgée pour en arriver à celle de la personne la plus âgée ayant participé.

De plus, dès le départ nous voulions représenter le tableau d’Eugène Delacroix à notre manière et notre projet s’est vite orienté vers une œuvre participative. Ainsi, pendant le Téléthon, les habitants donnaient 1€ pour accéder à la toile dont nous avions antérieurement réaliser le croquis. Ils étaient libres de choisir la partie du tableau à peindre et la couleur. Pour chaque peintre, nous prenions une photo et après développement ces photos représentent le cadre de l’œuvre. Lors de l’inauguration du Ch’ti Louvre en Mairie d’Hénin-Beaumont le 11/12/13 (puisque le Louvre-Lens a été ouvert le 12/12/12), nous étions très fiers des réalisations de chacun mais d’autant plus que cette œuvre participative représente de belles valeurs de citoyenneté active et émancipée peinte par des héninois fédérés autour d’une chose commune. C’est cela notre défi.

Quelques images de l’expostion (Copyright Patrick Piret) :

Description : la liberté guidant le peuple par l'association anim acteurs

Cette œuvre participative représente de belles valeurs de citoyenneté active et émancipée peinte par des habitants fédérés autour d’une chose commune.

Description : photo Patrick Piret

Sortie du film « Henri » de Yolande Moreau le 4 décembre

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Henri

Après presque 10 années passées à jouer dans les films des autres,  Yolande Moreau revient à la réalisation, cette fois sans son complice Gilles Porte. Henri est un film atypique, autant que Yolande Moreau peut l’être. On aurait tort de résumer ce film à son intrigue ou à sa manière d’être tourné, voici donc quelques approches destinées à vous donner l’envie d’aller voir le film.

Les personnages sortent tout droits de notre vie quotidienne, celle du Nord : un couple qui tient un bistrot, ses piliers de bar, les clients du village, la passion de la colombophilie… Le sujet de ce film est la rencontre entre deux personnes à la marge, qui n’ont pas forcément la bonne manière de se comporter en société : Henri, joué par Pippo Delbonno et Rosette, jouée par Candy Ming.

C’est un film dans la veine de l’humour belge : poétique et décalé. Il nous fait sourire et même rire, et ferait presque oublier le travail qu’il a demandé tant il semble parfois improvisé naturellement. Pourtant Yolande Moreau nous a précisé que le scénario était très écrit et préparé, qu’elle tournait d’ailleurs avec une seule caméra et savait exactement ce qu’elle voulait. Elle qui avait un temps pensé à interpréter le personnage de Rosette, tant elle se sentait proche d’elle, a finalement choisi Candy Ming, rencontrée sur le tournage du dernier Kervern et Delépine. Le résultat est saisissant, et Yolande loue d’ailleurs sa manière d’être « présente » à l’écran sans forcément parler, cette « aura »  qu’elle dégage et qu’elle n’a pas à envier aux grandes comédiennes.

Le peu de dialogues laisse une grande place à l’imagination du spectateur et c’est finalement lui qui fait son propre film en fonction de son vécu individuel. On a le sentiment qu’il n’y a pas de personnages bons ou mauvais, chacun faisant souffrir l’autre alternativement, ils ont cette part de rêve en eux et sont pourtant rattrapés par le réel. En fait, le spectateur s’interroge sur lui-même, en l’absence de dialogue, comme s’il était face à un miroir, ou sur son rapport aux plus faibles, ou aux personnes en situation de handicap par exemple quand certaines scènes font grincer des dents (lorsque Jackie Berroyer doit chercher dans les poches de la jupe de Rosette, ou lorsqu’il la font boire).

La réalisatrice/scénariste Yolande Moreau a eu l’idée de Henri lors du repérage sur son premier film, Quand la mer monte (2004). Elle raconte : « On a mangé un jour dans un petit resto. Le patron était colombophile… Il nous a expliqué comment on sépare ces pigeons, emmenant les mâles à des milliers de kilomètres pour les libérer dans le ciel, et comme ce sont des oiseaux très fidèles, le mâle est pressé de rentrer pour retrouver sa femelle des mois plus tard. Fascinant ! J’ai voulu recouper cette histoire avec le rêve d’envol d’Henri. »

Le tournage a été réalisé en partie dans des lieux du bassin minier : la salle des fêtes de Carvin, la place Wagon à Hénin-Beaumont (voir photo), à Liévin et dans la campagne près d’Arras.

  • Yolande Moreau sur la place Wagon à Hénin-Beaumont lors du tournage

    Yolande Moreau à la Belle Anglaise à Hénin-Beaumont

C’est Frédéric Alexandre, originaire de Liévin et 1er assistant réalisateur du film, qui a suggéré – en véritable ambassadeur de notre territoire ! – la place Wagon alors que la production cherchait une place depuis pas mal de temps sans trouver…  Lui qui est aussi connu pour avoir aidé Abdellatif Kechiche à trouver ses lieux de tournage dans la Région avait découvert la place Wagon lors du tournage d’un documentaire sur Mélenchon pendant les élections municipales…

C’est donc grâce à lui que les images de ces lieux de notre quotidien se retrouvent aujourd’hui dans un film d’auteur. C’est un événement à marquer d’une pierre blanche pour la Ville d’Hénin-Beaumont, le dernier tournage de fiction remontant à la « Femme Flic » d’Yves Boisset en 1980.

Yolande Moreau à La Belle Anglaise

Yolande Moreau à la Belle Anglaise à Hénin-Beaumont lors du tournage

Les films de Yolande Moreau sont avant tout des aventures humaines, et il n’y a qu’à voir sa photo de « famille de tournage » prise au Festival du Film d’Arras où le film a été projeté en avant-première, pour s’en convaincre ! En espérant vous avoir donné envie de voir le film, il vous reste à vous faire votre propre avis, et justement : le film est sorti en salle aujourd’hui !

Rencontre avec Jérôme Skalski, journaliste, reporter, … et poète

Rencontre avec Jérôme Skalski, journaliste, reporter, … et poète


Né à Lens, Jérôme Skalski a vu tomber les derniers chevalets de l’ex bassin minier. Son premier livre est sorti aux éditions “la Contre Allée” : “La Révolution des casseroles” raconte le combat des “cacerolazos islandais, ou comment la société civile islandaise a pris le pouvoir de façon inédite sur ses institutions…

La révolution des casseroles

Le livre


En octobre 2008, l’Islande voit son économie s’effondrer en 10 jours. Les 3 grandes banques privées islandaises représentent la valeur de 10 à 11 fois le PIB national : une proportion énorme pour un si petit pays …

Symbole de la vie ou de la mort du système capitaliste, les islandais étaient surnommés par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne les “canaris” ou “fonds de mine”, en référence à la pratique de mettre un canari dans une cage au fond de la mine pour signaler l’arrivée du grisou… C’est bien une crise sans précédent qui saisit ce pays jadis si florissant et si loin de tout soupçon.

Immédiatement, l’Angleterre saisit les avoirs de l’Islande en la classant comme pays terroriste, ce qui donne lieu à des publications sur le net de photos d’Islandais se prenant en photo avec des pancartes : “I’m not a terrorist” aux côtés de leur famille.

L’Islande cherche des créanciers, et c’est le FMI qui arrive à son secours. A ce moment, la société civile commence à s’inquiéter et à manifester. En premier lieu, c’est Hördur Torfason, personnalité respectée par les Islandais, qui fait son « one man protest » sur la place de Reykjavik.

Il n’y avait pas eu de manifestations de cette ampleur en Islande depuis 1949, date de son adhésion à l’OTAN. Elles rassemblent un nombre considérable de personnes pendant 4 mois (2000 puis jusqu’à 4000 personnes) proportionnellement à la taille du pays (320 000 habitants).

Les malversations économiques sont mises au grand jour partout dans le monde et les islandais se rendent compte que leurs élites ne sont pas à la hauteur et engagent des poursuites, alors qu’aucun autre pays au monde n’osera mettre en accusation les responsables.

Ce qui a intéressé Jérôme Skalski était d’analyser ce petit pays en modèle d’un grand : là-bas 14 familles possèdent tout. Le secteur public est assez dynamique mais également dominé par les intérêts de ces grandes firmes (75% de l’électricité produite est consommée par ces grandes firmes). Sur cette île, les dynasties politiques sont aussi plus visibles que chez nous…

La droite vient de remporter les législatives. L’oligarchie contrôle le système universitaire et de la vie médiatique. L’idée de réécrire la constitution est pourtant une revendication assez ancienne. D’ailleurs, dès le début, les élites ont accompagné sa révision.

Dans la révolution des casseroles, c’est bien la société civile qui est aux manettes mais dans une dialectique combinée avec le gouvernement. Les ingrédients pour une prise de conscience de son pouvoir auront été la crise grave des finances, et dans la mentalité des islandais, c’est la démission de leur premier ministre qui va allumer l’étincelle.

Aujourd’hui, c’est coalition de centre-droit qui gouverne et qui a tout fait pour enterrer le projet depuis qu’elle est revenue au pouvoir… Ce projet a été lâché par une frange du pouvoir politique.


L’affaire de la banque en ligne Icesave qui s’est effondrée en même temps que Landsbanki avec les économies d’épargnants islandais et britanniques, selon lui, a montré la voie. L’Etat britannique a finalement remboursé les créanciers privés, et a finalement obtenu d’Icesave le remboursement total de la somme engagées, après de longues négociations. La banque a donc réussi à rembourser seule comme établissement autonome- cette victoire sur le système montre que d’autres sont possibles.


Interview de Jérôme Skalski


Nous avons interviewé Jérôme Skalski le 1er mai sur la place du théâtre d’Arras lors du Salon du livre d’expression populaire et de critique sociale… Pour lui, il n’y a pas de fatalité : le territoire de l’ex-bassin minier a autant de potentialités que d’hommes.

D’où viens-tu?

Ma famille est avionnaise, je suis d’origine polonaise par mon père, ma famille est arrivée dans les années 20. Mon grand père était mineur de fond, à partir de l’âge de 14 ans. Il était même poseur de mines dans les veines de charbon, parce qu’il n’avait pas mon gabarit. Moi j’ai plutôt le gabarit des « Ciemieski », celui de ma grand mère. Et Skalski mon grand-père était petit et fluet, il posait la dynamite dans les boyaux, et j’ai gardé ce côté-là, en tout cas j’espère, de la dynamite mais du coté intellectuel ! (rires)

Où as-tu grandi?

J’ai vécu mon enfance à Méricourt, en tant que pré-ado et ado, je suis retourné à Avion, ensuite je suis allé à Lille pour étudier.

Quel est ton parcours?

J’ai une maîtrise de philosophie à Lille 3, j’ai été surveillant, ensuite j’ai préparé les concours à une époque où c’était l’abattoir – d’ailleurs ça l’est toujours – et je ne l’ai pas eu. Ensuite j’ai eu l’opportunité, parce que j’étais militant communiste et repéré comme en étant en disponibilité, de travailler comme journaliste à Liberté 62, j’y ai fait 7 ans. Quand Liberté se finissait (ndlr. maintenant c’est Liberté Hebdo), à la fin de mon contrat, j’avais un battement, j’avais mon sujet de l’Islande, et donc j’y suis allé en freelance… Je travaille actuellement à l’Humanité.

Pourquoi l’Islande ?

J’avais observé comme certains autres ce qui s’y était passé en 2008-2009, et par rapport au silence médiatique, ça m’intriguait : le silence, ou une information tendancieuse.

Les grands journaux français sont fermés, ils sont dans le consensus libéral. Le Monde ou Libération : les événements d’Amérique Latine, ils passent sous silence : le Paraguay, il y a eu un coup d’état au Honduras, et personne n’en parle

Est-ce que tu as une spécialisation en tant que journaliste ?

A l’Huma, je travaille dans la rubrique idées et débats.

Quels sont tes prochains projets ?

J’étais photographe-reporter à Liberté, j’aime la photo, le film. Pour l’Islande, j’ai bien vu que les journaux qui auraient pu en parler n’avaient pas les moyens. Au départ, je partais sur l’évaluation concrète de la freelance.

Tu n’écris pas seulement sur l’actualité mais sur l’histoire elle-même.

Le format long, la composition, j’ai apprécié aussi la dialecticité du processus. C’est le récit d’une lutte. En même temps, je ne suis pas historien, je n’ai pas accès à certaines archives.

Pourquoi avoir choisi La Contre-Allée comme éditeur?

 Son ancrage local, sa position alternative…C’est une maison d’édition en lutte. Cela me plaît.

Ta famille lisait?

Mon père était prof de maths, mon frère est agrégé de physique, moi j’ai un goût du scientifique mais plutôt des choses humaines. Quand j’étais petit, je voulais être géologue, mais c’est l’aspect terrain qui m’intéressait. Ce que j’aime dans le journalisme, c’est le contact direct, la problématique.

Ca évoque quoi chez toi le mot polonais?

Je ne parle pas polonais, je sais dire que des gros mots ! (rires) Mais je me sens une certaine « polonitude », je sais pas pourquoi mais je vais te raconter une anecdote. Mon père en tant que polonais n’était pas folkloriste, il était de gauche, républicain, anarcho syndicaliste. Un de ses mots c’était : “être plus français que les français”. J’ai retenu cela. Donc, mon anecdote : j’étais invité à une grande tablée, avec des amis, on discute, on refait le monde, on parle politique etc… Au bout de cette table, il y avait une « vraie » polonaise, et elle m’a entendu de loin pendant un long moment, passablement agacée, et à un moment elle s’est énervée, elle m’a crié : “Toi t’es vraiment l’archétype du français, avec ton esprit des lumières ! “ et tout le monde a explosé de rire, parce que pour mes amis j’étais le « polonais ». Pourtant, elle n’avait pas tort, mon « marxisme » est lié à l’esprit des Lumières. Les polonais de gauche ont un attachement à l’esprit de la tradition française. Et puis la Pologne a eu une histoire d’amour cruelle avec la France. Elle a été dépecée après les guerres napoléoniennes.

Mes grands-parents étaient pas des intellos mais ils avaient plus que du bon sens, une intelligence. On a pas besoin d’être cultivé pour être intelligent ni d’ailleurs d’être intelligent pour avoir de la « valeur ».

Tu as grandi dans le bassin minier, comment tu vois ce territoire et qu’est-ce que tu espères pour lui?

Le bassin minier pour moi, il a une lumière, c’est la lumière de mon enfance. Je le vois plus tellement mais quand j’y retourne, j’ai une nostalgie. J’ai écrit des poèmes sur lui. C’est une exclusivité.


Quand j’étais un enfant, j’allais par les voyettes

Frôlant les mûriers, les sureaux, je m’en allais billes en tête.

j’allais me perdre après l’école et la semaine

Dans les jardins, à cache-cache,

Là où les rues mènent et démènent


Sous le ciel gris crotté de bleu piqué de soufre

Dans l’odeur douce dont la suie des cheminées souvent se couvrent

je m’en allais chercher des dorlots de querelle

ou bien des salamandres qui,

du fond de l’eau,  tirent parfois vers le soleil


J’avais des raccourcis semés dans la mémoire

d’autres enfants pas trop grondés quand ils rentraient la gueule noire

ils partaient les ruisseaux laiteux que les lessives

faisaient naître l’été le long des rues

pour source de vives


Sous le ciel gris crotté de bleu piqué de soufre

dans l’odeur douce dont la suie des cheminées souvent se couvrent

je m’en allais chercher des dorlots de querelles

ou bien des salamandres qui,

du fond de l’eau, tirent parfois vers le soleil


Ils me menaient  califourchon sur les épaules

d’un vieil homme bossu, taiseux

dont  les histoires étaient pas drôles

de là, je voyais se déployer les alentours

j’en ai gardé un goût râpeux

encore en bouche certains jours


Sous le ciel gris crotté de bleu piqué de soufre

dans l’odeur douce dont la suie des cheminées souvent se couvrent

je m’en allais chercher des dorlots de querelles

ou bien des salamandres qui

du fond de l’eau tirent parfois vers le soleil

Je pense que quand même il y a certaines villes s’en sont mieux sorties que d’autres, qui ont su se reconvertir. Moi j’ai vu tomber le chevalet de la fosse 7, et je me rappelle y être allé, à Avion, et je me rappelle des vieux qui pleuraient. Mais il n’y a pas de fatalité à ce que le bassin minier devienne un désert. Il a beaucoup de potentialités.