Sortie du film « Henri » de Yolande Moreau le 4 décembre

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Henri

Après presque 10 années passées à jouer dans les films des autres,  Yolande Moreau revient à la réalisation, cette fois sans son complice Gilles Porte. Henri est un film atypique, autant que Yolande Moreau peut l’être. On aurait tort de résumer ce film à son intrigue ou à sa manière d’être tourné, voici donc quelques approches destinées à vous donner l’envie d’aller voir le film.

Les personnages sortent tout droits de notre vie quotidienne, celle du Nord : un couple qui tient un bistrot, ses piliers de bar, les clients du village, la passion de la colombophilie… Le sujet de ce film est la rencontre entre deux personnes à la marge, qui n’ont pas forcément la bonne manière de se comporter en société : Henri, joué par Pippo Delbonno et Rosette, jouée par Candy Ming.

C’est un film dans la veine de l’humour belge : poétique et décalé. Il nous fait sourire et même rire, et ferait presque oublier le travail qu’il a demandé tant il semble parfois improvisé naturellement. Pourtant Yolande Moreau nous a précisé que le scénario était très écrit et préparé, qu’elle tournait d’ailleurs avec une seule caméra et savait exactement ce qu’elle voulait. Elle qui avait un temps pensé à interpréter le personnage de Rosette, tant elle se sentait proche d’elle, a finalement choisi Candy Ming, rencontrée sur le tournage du dernier Kervern et Delépine. Le résultat est saisissant, et Yolande loue d’ailleurs sa manière d’être « présente » à l’écran sans forcément parler, cette « aura »  qu’elle dégage et qu’elle n’a pas à envier aux grandes comédiennes.

Le peu de dialogues laisse une grande place à l’imagination du spectateur et c’est finalement lui qui fait son propre film en fonction de son vécu individuel. On a le sentiment qu’il n’y a pas de personnages bons ou mauvais, chacun faisant souffrir l’autre alternativement, ils ont cette part de rêve en eux et sont pourtant rattrapés par le réel. En fait, le spectateur s’interroge sur lui-même, en l’absence de dialogue, comme s’il était face à un miroir, ou sur son rapport aux plus faibles, ou aux personnes en situation de handicap par exemple quand certaines scènes font grincer des dents (lorsque Jackie Berroyer doit chercher dans les poches de la jupe de Rosette, ou lorsqu’il la font boire).

La réalisatrice/scénariste Yolande Moreau a eu l’idée de Henri lors du repérage sur son premier film, Quand la mer monte (2004). Elle raconte : « On a mangé un jour dans un petit resto. Le patron était colombophile… Il nous a expliqué comment on sépare ces pigeons, emmenant les mâles à des milliers de kilomètres pour les libérer dans le ciel, et comme ce sont des oiseaux très fidèles, le mâle est pressé de rentrer pour retrouver sa femelle des mois plus tard. Fascinant ! J’ai voulu recouper cette histoire avec le rêve d’envol d’Henri. »

Le tournage a été réalisé en partie dans des lieux du bassin minier : la salle des fêtes de Carvin, la place Wagon à Hénin-Beaumont (voir photo), à Liévin et dans la campagne près d’Arras.

  • Yolande Moreau sur la place Wagon à Hénin-Beaumont lors du tournage

    Yolande Moreau à la Belle Anglaise à Hénin-Beaumont

C’est Frédéric Alexandre, originaire de Liévin et 1er assistant réalisateur du film, qui a suggéré – en véritable ambassadeur de notre territoire ! – la place Wagon alors que la production cherchait une place depuis pas mal de temps sans trouver…  Lui qui est aussi connu pour avoir aidé Abdellatif Kechiche à trouver ses lieux de tournage dans la Région avait découvert la place Wagon lors du tournage d’un documentaire sur Mélenchon pendant les élections municipales…

C’est donc grâce à lui que les images de ces lieux de notre quotidien se retrouvent aujourd’hui dans un film d’auteur. C’est un événement à marquer d’une pierre blanche pour la Ville d’Hénin-Beaumont, le dernier tournage de fiction remontant à la « Femme Flic » d’Yves Boisset en 1980.

Yolande Moreau à La Belle Anglaise

Yolande Moreau à la Belle Anglaise à Hénin-Beaumont lors du tournage

Les films de Yolande Moreau sont avant tout des aventures humaines, et il n’y a qu’à voir sa photo de « famille de tournage » prise au Festival du Film d’Arras où le film a été projeté en avant-première, pour s’en convaincre ! En espérant vous avoir donné envie de voir le film, il vous reste à vous faire votre propre avis, et justement : le film est sorti en salle aujourd’hui !

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